Quelles sont les conséquences du Brexit pour les droits de douane et pour le commerce ?

separator

Quelles sont les conséquences du Brexit pour les droits de douane et pour le commerce ? Et quels sont les éléments positifs (le cas échéant) pour les achats et le commerce en général ?

Dans notre série d’articles, nous accueillons à nouveau Jeremy Smith, associé directeur, 4C Associates, et Peter Smith, directeur général, Procurement Excellence. Dans l’attente d’une décision sur le Brexit, nous nous concentrons sur l’impact qu’il pourrait avoir sur les droits de douane et sur le commerce et l’activité en général.

Q1. Quels effets auront les droits de douane et les retards éventuels sur les achats après le Brexit ?

Jeremy Smith : Cela dépend vraiment de ce que vous achetez. Les effets des retards sur les chaînes d’approvisionnement juste-à-temps, notamment la fabrication et les produits frais, seront désastreux, bien que, avec la fin des subventions de l’UE, une grande partie de la fabrication risque de repartir vers l’UE, pour éviter ces problèmes et continuer à bénéficier de ses subventions. Cela demandera de nouvelles chaînes d’approvisionnement et un changement au niveau des préférences des clients. Pour ne prendre qu’un exemple, les fraises deviendront plus chères et/ou moins fraîches lorsque ce ne sera pas la saison localement.

Peter Smith : Oui, il s’agit d’un grave problème, trop important pour donner une réponse simple ! Toutefois, cela ne concerne pas seulement les augmentations de coûts immédiates, mais aussi la façon dont les droits de douane peuvent commencer à modifier la forme globale des marchés. Par exemple, certains fournisseurs en Europe peuvent simplement décider d’arrêter de travailler au Royaume-Uni.

Q2. Quels seront les effets sur les importations provenant de l’extérieur de l’UE ?

Jeremy Smith : Les importations devront entrer au Royaume-Uni directement et non via l’Europe. Il est toutefois possible qu’elles soient touchées par une guerre commerciale mondiale. Actuellement, les négociations se poursuivent avec l’UE et le Royaume-Uni se rapproche également des États-Unis pour un accord commercial. Le Royaume-Uni peut donc être entraîné dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et, tout à coup, cette voie devient politique (avec un P majuscule), ou bien les droits de douane américains sont une condition de tout accord entre les deux pays. Cela se complique, n’est-ce pas ?

Peter Smith : Nous ne pouvons pas encore en être sûrs. Tout dépend des accords commerciaux que le Royaume-Uni conclut avec d’autres pays, et de la position intermédiaire. Si nous revenons aux conditions de l’Organisation mondiale du commerce, il y aura des gagnants et des perdants en fonction de la grille tarifaire de l’OMC. Nous pourrions alors voir certaines importations frappées par des droits de douane plus élevés et d’autres devenir moins chères. On a évidemment beaucoup parlé de problèmes tels que le poulet chloré américain bon marché qui arriverait au Royaume-Uni, par exemple. Mais il y a trop d’éléments en mouvement pour donner une réponse définitive.

Q3. On évoque beaucoup les aspects négatifs, mais quels avantages les entreprises, et en particulier le secteur des achats, peuvent-elles tirer du Brexit (s’il y en a) ?

Jeremy Smith : Il y en a. Aborder de nouvelles régions au détriment des « suspects habituels » en termes de fournisseurs locaux ne peut pas être entièrement mauvais. Cela stimulera l’innovation et apportera de nouvelles idées et méthodes de travail dans la chaîne d’approvisionnement britannique. Cela demandera des investissements, et il y aura un risque, mais si le Brexit se déroule comme prévu, ce sera positif pour le Royaume-Uni.

Peter Smith : Oui, cela créera de « nouveaux » emplois, ce qui est sans doute une bonne nouvelle du point de vue des achats ! Il s’agit également d’une formidable occasion pour le domaine des achats de démontrer son importance pour l’entreprise et de rehausser son profil. Nous pouvons également profiter du Brexit pour examiner, notamment, les stratégies de catégorie d’une nouvelle manière, le statu quo prenant fin grâce aux droits de douane, et qui sait, pour trouver de nouvelles approches génératrices de valeur sur certains marchés ou catégories ! Pour les entreprises, tout dépend probablement de la nature des accords commerciaux conclus avec des pays hors UE.

Q4. Existera-t-il une réelle volonté de revoir radicalement la réglementation en matière d’achats une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’UE ?

Jeremy Smith : De mon point de vue, elle sera très faible. Les règles du JOUE (Journal officiel de l’Union européenne) n’étaient pas trop différentes de ce qui existait auparavant et je doute que le gouvernement britannique fasse une déclaration du type : « nous ne voulons pas de cohérence et nous ne voulons pas de transparence ». S’ils ont un moyen de réduire l’administration et la bureaucratie ou d’accélérer les choses, alors tant mieux, mais je suis sûr que l’UE ne fera que copier cela si c’est le cas.

Peter Smith : Malgré les nombreuses absurdités prononcées par les politiciens dans cette campagne, je pense qu’il y aura peu de changements. Nous pouvons déjà utiliser la valeur sociale, par exemple, dans les évaluations, ou examiner les facteurs non liés aux coûts qui favorisent les fournisseurs locaux. Et même en vertu des règles de l’OMC, il est peu probable que nous soyons en mesure de mener une politique simpliste de type « acheter britannique » sur toute la ligne. Il faudra également des années pour mener les consultations nécessaires et mettre en place de nouvelles lois. Tout cela va prendre du temps (bien qu’il y aura des changements immédiats à la périphérie, comme le nouveau système de notification électronique pour les contrats de publicité).

Q5. À votre avis, quels sont les secteurs d’activité qui vont croître et ceux qui seront les plus affectés par le Brexit ?

Jeremy Smith : Les secteurs les plus touchés seront les produits alimentaires, en particulier les produits frais, et la construction. En termes de croissance, pour aller à contre-courant, je signalerais l’agriculture britannique, car même s’ils doivent dire adieu aux subventions de l’UE, les agriculteurs britanniques seront appelés à combler le déficit d’importation.

Peter Smith : Si seulement je le savais, je serais un homme riche ! Les systèmes économiques s’autorégulent dans une certaine mesure. Ainsi, par exemple, si la livre coule, ce sera une bonne nouvelle pour le tourisme entrant (et une mauvaise nouvelle dans l’autre sens), voire pour des secteurs tels que les studios de cinéma et la production, et peut-être aussi pour la fabrication à moyen terme. Mais ensuite la livre se redressera si cet effet de change stimule l’économie.

Please follow and like us:
RSS
Google+
Google+
https://www.jaggaer.com/fr/quelles-sont-les-implications-du-brexit-pour-les-droits-de-douane-et-le-commerce/
LinkedIn
Vimeo